Laisser de côté la joie et la peine

Quarantième jour

Le sujet que je me propose de traiter ici, de façon approfondie, sur une durée longue, et dont j’ai déjà commencé de traiter certains aspects, est d’une richesse infinie. Les sources sont innombrables. Les thèses que l’on rencontre sont fort variées, comme les nations, comme les âges. J’ai déjà dans des notes accumulées de quoi alimenter ce blog de centaines de billets.

Dans le même temps, je suis fort conscient d’un décalage radical entre la visée générale de cette thématique, et l’état actuel du monde. Qu’est-ce qu’ Agni, Zoroastre ou Osiris peuvent avoir comme rapport avec l’Irak, la Syrie, Poutine, Obama, Bush ou les massacres d’enfants par les talibans du Pakistan? Apparemment, aucun rapport. Pourtant c’est ma conviction que les grandes religions du passé éclairent les religions du présent et celles de l’avenir d’une lumière spéciale. Je suis pour la mémoire longue, et j’essaie de mettre les choses dans une perspective pluri-séculaire. De grandes religions ont vu leur naissance et leur déploiement, et particulièrement depuis cinquante cinq siècles, dans une zone géographique qui englobe la vallée du Nil et celle de l’Indus, en passant par le bassin du Tigre et de l’Euphrate et la vallée de l’Oxus. Or le Pakistan est situé entre l’Indus et l’Oxus, n’est-ce pas ? L’Iran et l’Irak (tout comme l’Irlande, d’ailleurs…) tirent leurs noms des anciens Aryas, peuple fondateur d’au moins deux religions, celle du Véda en Inde, et celle du Zend Avesta en Iran.

Ma passion pour ces savoirs presqu’oubliés, en tout cas négligés, me fait parfois imiter Diagoras de Melos (5ème siècle av. J.-C.), surnommé « l’athée ». Antoine Fabre d’Olivet rapporte que ce personnage moqueur et irrévérencieux discréditait les Mystères en les divulguant, en les expliquant. Il allait jusqu’à les singer en public; il récitait le Logos orphique, dévoilait sans vergogne les Mystères d’Eleusis et ceux des Cabires.

Je ne prendrai pas le risque de paraître irrévérencieux ou athée en citant des exemples des mystères sacrés de toutes les périodes passées, et de toutes origines. D’où ces quelques précautions liminaires. Je poursuis une visée anthropologique, et non apologétique. Ce qui m’intéresse c’est de dégager, si c’est possible, les grandes constantes de l’esprit humain, dans ses rapports avec le « mystère ». Ce qu’est ce « mystère », je ne le définirai pas, si ce n’est de façon implicite, en multipliant les approches, en faisant varier les angles, en accumulant les références, en évoquant la mémoire immense des peuples qui les ont engendrés et qui les ont conservés dans leurs livres sacrés.

Ces constantes existent, j’en ai la certitude. Par exemple, l’idée d’une divinité unique, principale, créatrice, n’est certes pas l’apanage de telle ou telle religion. On la retrouve sous diverses formes, à des époques extrêmement reculées, bien plus anciennes que le temps où Abraham a quitté la ville d’Ur en Chaldée.

Il y a d’autres constantes encore, qui ont trait à la réflexion sur l’origine et sur la mort, sur la connaissance et le non-savoir, sur l’esprit, et ses désirs.

Un souffle profond, de nature identique, parcourt les pages du Livre des morts, des manuscrits de Nag Hammadi, des Védas ou du Zend Avesta. Je crois qu’il est possible d’entendre ce souffle, et même d’en respirer l’odeur. Et je crois aussi, qu’une plongée, même brève, dans ce monde stupéfiant, peut nous apprendre quelque chose sur le monde tout aussi stupéfiant que l’on nous montre dans les médias, ce monde de violence et de mensonge, peuplé de « gnomes » et de « nains » (lire: les spéculateurs et les puissances corrompues qui décident de l’ordre du jour).

« Ceux qui s’agitent à l’intérieur de l’ignorance se considèrent comme sages, circulent follement en courant çà et là comme des aveugles, conduits par un aveugle. » (KU. 2.5)

J’ai longtemps pu observer, et dans les meilleures arènes, l’hypocrisie, l’incompétence et la lâcheté de ceux qui devraient, en théorie, être des maîtres de la vérité, de la science et du courage.

Ce monde va mal. Mais il est aussi plein d’idées nouvelles, et également riche d’idées anciennes. J’aspire à explorer les unes, et revivifier les autres. Je poursuis, ce faisant, patiemment, un projet long, difficile à qualifier, mais non inqualifiable. Quelque chose comme : « méditer sur ce qui est difficile à percevoir, pénétrer le secret, qui est déposé dans la cachette, qui réside dans le gouffre antique » , et pour ce faire je suis prêt à « laisser de côté la joie et la peine .» (KU. 2.12)

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