American Sniper

Il faut aimer le drapeau, les médailles, les armes. Surtout les armes, les petites, les moyennes, les grosses.

Le bon sniper se couche, il ne tire jamais debout. Il s’étend voluptueusement sur son matelas placé sur un toit, avec une belle vue sur Falloujah, ou une ville de ce genre. Il vise, manipule un peu la molette, s’arrête de respirer, re-vise et tire son coup. Là-bas, loin, quelqu’un d’autre s’arrête alors aussi de respirer, mais pour toujours.

Un seul coup suffit en général. On a affaire à « La Légende », pas au tireur à la carabine de la Foire du Trône. Mais il faut beaucoup de « coups » pour finir cette guerre qui n’en finit pas. Il y a toujours quelqu’un de plus à tuer quelque part.

Le « sniper » a toujours les deux yeux grands ouverts quand il vise et qu’il tire. Il n’est pas du genre à fermer un œil. Non. Car ,« il y a toujours quelque chose à voir autour de la cible ». Par exemple une autre cible possible. Mais il n’y a pas un seul regard pour la « big picture ». Il n’y a pas un seul regard pour le contexte, la ville, le pays, la région. Seule compte la précision technique avec laquelle on vise et tue cette personne-là, à ce moment précis, et pas à un autre. Le reste est sans doute trop gros pour être visé et descendu.

Ce film se concentre entièrement sur la tactique, et même la micro-tactique, celle de l’ici et du maintenant, mais il reste absolument étranger à toute considération stratégique. Ne parlons même pas du politique, du religieux ou du philosophique. Le plus haut gradé que l’on voit est un colonel des marines dont la seule préoccupation est d’éradiquer un autre sniper, du camp adverse. Quant au religieux, le « sniper » porte bien une Bible en permanence sur son cœur, mais elle semble faire office de pare-balles supplétif, car il ne l’ouvre jamais, ni ne la lit, comme le fait remarquer un camarade de chambrée.

La fin est bizarre. C’est l’hôpital qui se fout de la charité. Le médecin qui voit bien que le « sniper » a beaucoup de mal à se réintégrer dans l’ « american way of life », l’envoie aider ses camarades traumatisés à tirer encore et toujours sur des cibles en carton pour calmer leurs nerfs. Pour finir, ce héros national qui a 166 cibles humaines homologuées à son actif, plus toutes les autres qu’on n’a pas pu certifier, se fait descendre par le soldat à qui il voulait redonner le goût de vivre en lui donnant des leçons de tir.

Ah ! Clint ! Sacré filou.Tu nous feras toujours rêver avec tes histoires de cow-boys.

Publicités

2 réflexions sur “American Sniper

  1. AMHA, c’est toute l’anthropologie de la technique, et les grands récits religieux qu’il faut d’urgence revoir à partir de la « simple » hypothèse de Jean-Louis Dessalles sur l’origine politique du langage : l’irruption des armes chez les premiers hominidés a créé une crise politique, – une singularité sans équivalent -, de laquelle des hommes sont (à peine) sortis en inventant le langage.
    Ce faisant, le langage a détrôné la force brute comme facteur essentiel de régulation sociale. Mais les armes se sont perfectionnées. Pourquoi, y-a-il urgence à penser en ces termes ? Parce qu’aujourd’hui, nous sommes sur le point de vivre une nouvelle singularité politique. Nous devons trouver une nouvelle stratégie pour faire évoluer notre espèce.

    Dessalles, J-L. (2014). Why talk?. In D. Dor, C. Knight & J. Lewis (Eds.), The social origins of language, 284-296. Oxford, UK: Oxford University Press.
    What is language good for? For a long time, the question has remained not only unanswered, but not even asked.
    In this paper, I first mention several facts about spontaneous language that show how peculiar a behaviour it is. Then I provide typical examples illustrating the two main forms that language behaviour takes. These two modes are presented as fulfilling two functions. As an attempt to explain language uniqueness, I observe that the classical social primate order has been disrupted at some point in human phylogeny. I suggest that language, or something like language, is the expected consequence of the new hominin order.
    Get a PDF version of this paper.
    http://www.infres.enst.fr/~jld/papiers/

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s