Symbioses

80

Parmi les mystères concrets qu’offre la nature, il y a la symbiose. Sujet fascinant, aux prolongements indescriptibles.

En biologie, presque toutes les plantes et les animaux utilisent des bactéries symbiotiques, qui leur permettent de réaliser certaines fonctions métaboliques par procuration. Des plantes ont des bactéries qui fixent l’azote. Dans l’estomac des vaches on trouve des bactéries qui digèrent la cellulose. Les mitochondries et les chloroplastes, composants essentiels des cellules, étaient autrefois des créatures indépendantes, qui vivaient indépendamment de leurs hôtes actuels. C’est leur ADN génomique, très différent de celui de leurs cellules hôtes, qui témoigne de ce lointain passé d’indépendance. Ils ont pénétré des cellules primitives à une période reculée, puis se sont adaptés à la vie à l’intérieur de ces cellules. Cette symbiose entre les mitochondries, les chloroplastes et les cellules primitives a permis des bonds de géant à l’évolution de la vie. L’assemblage de structures simples, possédant des propriétés biologiques spécifiques, a permis d’édifier bien plus rapidement des structures cellulaires de plus en plus complexes. Le mécanisme de la symbiose a ainsi évité aux cellules déjà avancées d’avoir à réinventer par le hasard de mutations génétiques ce que les créatures symbiotiques leur apportaient directement, sur un plateau en quelque sorte.

Le physicien Freeman Dyson observe que dans l’univers, de très nombreux cas de symbiose s’observent aussi. On parle d’étoiles symbiotiques. Une grande partie des objets observés dans l’univers se trouvent associés dans des systèmes symbiotiques, soit en paires soit au sein de systèmes plus complexes. Les paires de galaxies symbiotiques sont fort répandues. Il arrive fréquemment que ces symbioses préparent des fusions, exactement comme les cellules ancestrales ont ingéré les mitochondries et les chloroplastes. Ainsi les grosses galaxies avalent les petites après leur avoir été associées un certain temps de façon symbiotique. Les noyaux des galaxies avalées s’observent à l’intérieur de celles qui les ont avalé. On nomme cela le « cannibalisme galactique ». A l’échelle des étoiles on observe également de nombreux cas de symbiose. Par exemple on peut citer le cas de paires symbiotiques composées d’un élément hautement condensé comme une naine blanche, une étoile à neutrons ou même un trou noir, et d’une autre étoile normale, qui finira elle aussi avalée. On a découvert des phénomènes de symbiose entre deux étoiles à neutrons, qui se freinent l’une l’autre du fait de l’interaction de leurs ondes gravitationnelles. A la fin elles fusionnent ensemble et créent une étoile unique dans un gigantesque éclaboussement de lumière et de matière stellaire, en l’espace de quelques millièmes de seconde. On observe ce type de phénomènes plusieurs fois par jour, par le truchement de décharges de rayons gamma, qui sont considérés comme les événements les plus violents de l’univers, plus encore que les explosions de supernovae. Le Soleil et la Terre forment aussi un couple symbiotique. La Terre apporte diversité chimique et environnementale. Le Soleil garantit un apport stable d’énergie. La vie a pu naître grâce à la combinaison des potentialités de la Terre, de sa variabilité, avec la constance et la stabilité du Soleil.

Je fais ici l’hypothèse que la métaphore de la symbiose qui s’applique aux cellules et aux galaxies, peut parfaitement s’appliquer aussi à l’homme. Par exemple dans le couple. Ou dans les symbioses dont les cultures et les civilisations sont capables. Mais l’existence d’autres formes encore de symbiose peut être supputée. Par exemple, plus mystérieusement, dans ce que l’on pourrait appeler le rapport entre l’humain et le divin, ou entre le manifeste et le latent, ou encore entre l’évidence (le monde phénoménal) et le mystère (le monde nouménal).

Il est très possible, pour continuer de filer cette métaphore, que nous ne soyons pas seuls, isolés dans nos esprits et dans nos âmes, solitaires comme des navigateurs perdus dans l’océan du réel. Il est très possible que nous soyons, à notre propre insu, associés par plusieurs sortes de symbiose à des formes de vie supérieures dont nous ne pouvons concevoir ni la forme ni la puissance, mais qui nous accompagnent, tout au long de nos pérégrinations.

Si tout fait système, comme se plaît à le souligner l’antique civilisation chinoise, alors il est très possible que notre être même soit partie intégrante, systémique, d’une multiplicité de symbioses, d’importance variable.

De même que les mitochondries jouent un rôle particulier dans le métabolisme de chaque cellule, de même que l’univers entier produit sans cesse d’innombrables formes de symbiose sous l’effet des forces gravitationnelles, de même nous jouons sans doute un rôle insu, inracontable, mais non pas mythique, à des échelles de temps et de réalités, que nous sommes bien incapables de seulement soupçonner.

Publicités

Une réflexion sur “Symbioses

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s