Quatre vérités à propos de la crise mondiale. Vérité n°3

L’explosion sociale est toujours une option dans l’échiquier des possibles. La récession économique mondiale, qui est structurelle, systémique, et qui ne fait seulement que commencer, porte en elle tous les ferments nécessaires à la multiplication des révoltes sociales, au Nord et au Sud, sous les formes les plus diverses, les plus inattendues, et, le moment venu, les plus sanglantes. Les jacqueries agricoles ou les scènes de pillages dans les banlieues observées il n’y a pas si longtemps en France sont encore comme des jeux d’enfant gâtés. Préparons-nous dès maintenant à subir dans des futurs proches la puissance destructrice et délirante des peuples en colère lorsqu’ils s’entre-dévoreront à travers la planète.

Quel pessimisme, me dira-t-on ! OK. Soit. Essayons d’être optimistes pour un moment. Mettons par exemple qu’au sein des régimes les plus corrompus, les tyrans variés du monde pourraient continuer de couler encore des jours heureux, avec une bonne police, une armée bien payée, un contrôle social rigoureux – et une conjoncture économique un peu favorable. Admettons. Cela peut en effet se passer comme si l’on était dans le meilleur des mondes possibles, pendant des années et des années. Mais tout peut déraper aussi en quelques jours.

J’ai connu la Tunisie de Ben Ali et la Libye de Kadhafi. Ils étaient l’un et l’autre bien en place. Main de fer dans un gant de fer, apparemment du moins. Et soudain, ils n’étaient plus là. Quelques voix s’élèvent aujourd’hui dans leurs pays, ou ailleurs, pour les regretter, eux et leur « ordre » disparu. D’autres campent droits dans leurs bottes et disent: « La Libye est en plein chaos, certes, mais si l’on n’avait rien fait, Kadhafi aurait été un autre Bachar Al Assad etc ».

Quelle dérision ! Et ces sortes d’« intellectuels », ces va-t-en guerre salonnards qui débitent ces analyses inspirées oublient de se rappeler que Bachar Al Assad, l’épouvantail absolu, le tueur à gaz de son peuple, est aujourd’hui devenu par défaut l’allié de l’Occident contre l’État islamique ! Le n’importe quoi de l’analyse des « maîtres à penser » succède au n’importe quoi de la politique des « maîtres du monde ». Ils ont des porte-avions, des NSA et des CIA, des drones et des F-16, des stratèges stipendiés et des think tanks dispendieux, et ils ont tous ces puits de pétrole à défendre, ces tours jumelles à venger, et tous ces marchés à conquérir, et ils ont tout le « monde libre » qui dépend tellement d’eux… Ils ont tout ça, et tout ça pour ça !

Il y a sans doute une logique profonde à l’œuvre. Je ne la connais pas. Alors j’en propose une, qui marche à tout coup: puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs.

Disons-le autrement. Peuples du monde, vous croyez que vous étiez gouvernés ? Qu’un master plan était établi par des sages entre les sages pour une gestion harmonieuse de la Boule bleue perdue dans la galaxie ? Eh bien, non, pas du tout… Il faut renoncer à cette vaine utopie. On est seuls, nous les peuples, face à des problèmes gigantesques. Il n’y a pas de gouvernement mondial, et il n’y en aura pas de sitôt. Il n’y a pas non plus de « gouvernance » planétaire, pour reprendre cet horrible mot, confit de suffisance, copié du jargon managérial. Le « développement durable » n’est pas une fatalité nécessaire et glorieuse, un impératif catégorique. Il y a toutes sortes de développements possibles dont beaucoup peuvent tourner très mal, surtout pour les pauvres, d’abord, et pour les riches ensuite. Les pauvres, exploités depuis toujours pour leur force de travail, pourraient bien continuer à subir leur esclavage encore longtemps. Tant qu’il y a une demande économique soutenue, venant d’un assez grand nombre de peuples assez riches pour consommer, tout roule. Mais le temps ronge impitoyablement les anciens équilibres. Plus les pauvres d’entre les pauvres produisent pour le monde des assez riches, plus ils enrichissent les très riches, et plus ils menacent aussi les moins pauvres qu’eux, qu’ils réduisent progressivement au chômage ailleurs. En gros, l’avenir s’annonce brillant pour les vraiment très riches, et pour les très pauvres, qu’on trouvera toujours le moyen de faire trimer dur. Au milieu, pour la classe moyenne mondiale, cela durera ce que cela durera, jusqu’à ce que la planète dise : « Stop, c’est fini, je suis à bout. »

Alors seulement, quand la planète toussera, ou quand la demande économique commencera de flancher sérieusement pour n’importe lesquelles des cent bonnes raisons qu’elle a de le faire inévitablement, quand le système de la consommation intensive trouvera ses limites propres (pollution, énergie, environnement, débouchés), alors c’est tout l’économie mondiale qui sera en situation d’implosion.

Implosion économique et explosion mondiale, voilà une perspective probable.

A moins que ?

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