« Vous n’avez point tué ces mécréants, c’est Allah qui les a tués ! ».

La guerre contre l’islamisme radical ne fait que commencer. En étant optimiste, elle pourrait durer encore deux ou trois générations, malgré les portiques d’aéroport, l’excellence bien connue des « services » (belges ou autres) et les mâles rodomontades des « décideurs ». Elle pourrait durer même bien plus longtemps encore, si l’on a conscience de son cadre géographique (le monde entier), temporel (le jihad a commencé il y a plus de quatorze siècles), économique et social (marginalisation et pauvreté sciemment programmées pour une bonne part de la population mondiale, en particulier dans la sphère arabo-musulmane), politique (cécité et ignorance crasses du « politique » européen sur ces questions de « religion »).

Du sang, des morts, des larmes, donc, pour les décennies à venir. Préparons-nous, en particulier, sur le plan mental.

Le minimum, si l’on veut gagner une « guerre », c’est d’essayer de comprendre le cadre moral et intellectuel de « l’ennemi ».

Commençons par une épithète, révélatrice, souvent employée par les politiques et les commentateurs. Les terroristes seraient des « lâches ». On a entendu cela à propos du 11 septembre, et récemment après les attentats de Paris et Bruxelles. Cela fait du bien d’insulter l’adversaire. Mais là, cela tombe complètement à côté de la plaque. Cette épithète inconsidérée révèle un gouffre d’ignorance. Ces gens ont tué, tout en se donnant la mort. Ces attentats-suicides sont tout sauf « lâches ». Il faut trouver un autre mot. Je ne connais pas beaucoup de gens bien-pensants prêts à mourir pour leur cause ou pour leurs idées. Au moins donnons cela aux islamo-terroristes (non par faiblesse, mais pour comprendre ): ils donnent leur vie pour ce qu’ils croient.

Mais que croient-ils exactement?

Comme tous les religieux, et comme tous ceux qui « croient » en quelque chose, ils croient qu’ils sont du « bon côté », qu’ils sont dans le « bon camp ». Qu’est-ce qui leur fait croire cela ? L’argent des Saoudiens et du Qatar ? Cela aide peut-être, mais ce n’est pas suffisant. Il faut revenir aux textes, en particulier à la rhétorique spécifique du Coran, aussi.

Dans la sourate 8, Al-‘Anfal (« Le butin »), le verset 17, s’adressant aux combattants jihadistes en guerre contre les mécréants, dit:

« Ce n’est pas vous qui les avez tués, mais c’est Allah qui les a tués. »

Ce n’est pas une guerre comme une autre qu’une guerre où Allah s’engage effectivement. Il n’y a pas si longtemps, les guerres mondiales avaient habitué les Européens à une rhétorique similaire (« Gott mit uns », « In God we Trust »). La rhétorique du bien contre le mal est assez constante de par le monde.

Dans cette guerre, qui a déjà fait des millions de morts, depuis l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak par les Américains, de quel côté se tient Dieu ? – Du côté des « bons », à savoir l’Occident. De quel côté se tient Allah ? – Du côté des « croyants », à savoir les jihadistes.

Mais il y a une vraie différence, notons-le bien. Quand un drone lâche ses « munitions de précision » sur une école, un hôpital ou un village, ce n’est pas Dieu qui tue, ce sont des hommes dûment mandatés par des administrations, par des décideurs politiques et par des peuples démocratiques.

Quand un jihadiste assassine à la kalachnikov, coupe des gorges ou déclenche des bombes pleines de clous, ce n’est pas lui qui tue, c’est Allah.

Les jihadistes sont des instruments de mort dans la main de Allah/Dieu. Est-ce que les parlements croupions et les politiques cyniques peuvent occuper ce type de terrain symbolique ?

Autre chose encore. Vous voulez la paix ? Faites une croix dessus. Il n’y aura pas de paix sans une révolution profonde dans les cœurs et les esprits.

Le verset 35 de la sourate 47, qui porte le nom du Prophète (« Muhammad ») dit :

« Ne faiblissez donc pas, et n’appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts ! Allah est avec vous. »

Voilà ce que pense intimement le jihadiste. « Pas de paix. Allah est avec nous. »

Je ne crois pas que les caméras de surveillance, les portiques et les bases de données permettront la victoire finale face à des gens pénétrés de ce genre d’idées, et prêts à se donner la mort pour ce qu’ils croient.

Je crois que la victoire finale appartiendra à ceux qui peuvent donner leur vie pour sauver le monde de la mort.

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