Qui est derrière la fuite des Panama Papers?

 

Étrange silence des médias qui profitent le plus du grand déballage. Pas un mot sur les « lanceurs d’alerte » qui ont pénétré les bases de données de Mossack et Fonseca. Ce serait pourtant intéressant d’avoir une idée du profil et des motifs de ceux qui ont réalisé cette opération, la plus grande dans son genre. J’en suis réduit à de simples réflexions de bon sens.

Ce n’est certes pas quelqu’un appartenant à la firme en question. Vu la clientèle, le « lanceur d’alerte » pourrait compter ses abattis. Ce n’est pas la maffia : bonne cliente, elle a tout à perdre, rien à gagner. Ce n’est certes pas le FSB. Pourquoi se tirer dans le pied, et mouiller Poutine. Ce n’est pas non plus les équipes de cyber-pénétration chinoises : on sait à quel point les hautes autorités chinoises se sont fait prendre la main dans le sac. Alors qui ? Les Britanniques ? Hmmm, j’en doute, vu la manière dont tout ce déballage incrimine indirectement, entre autres, le «système» d’évasion fiscale des Îles vierges britanniques, et accessoirement le premier ministre Cameron. La France ? Hollande lançant une super-opération de récupération des impôts envolés ? Vous rêvez, sans doute aux beaux jours de Super Dupont ? L’Allemagne ? Pourquoi pas ? Après tout Merkel est une Madame Propre, c’est le Süddeutsche Zeitung qui a été élu chef de file des médias de l’ICIJ, et c’est l’un de ses journalistes, Bastian Obermayer, qui a été le contact direct de la « source » fournissant les 11,5 millions de documents piratés. Peut-être le passé de Waffen SS du père de Mossack est-il une piste possible ? Quelque vieille dette ? Ou alors le Mossad ? Motif ? Une façon détournée de faire tomber le roi des diamants du sang ? Ou de compromettre Assad et son clan? Peut-être.

Plus probable, en fin de compte, est l’hypothèse des services spéciaux aux États-Unis. On sait qu’ils sont capables de pénétrer n’importe quel ordinateur, n’importe où dans le monde, en quelques secondes – selon un spécialiste proche de la Maison Blanche avec qui j’avais eu l’occasion de discuter, il y a déjà quelques années. Donc techniquement, pas de problème. Mais le motif ?

J’ai été frappé du grand silence de médias comme le New York Times, qui contrairement à ses confrères, n’a pas fait sa une sur l’affaire lors de la sortie du scoop. Un article, paru seulement le jeudi 7 avril, fait un point assez général, sous le titre Law firm’s secrets laid bare. Il y est noté que le Panama a adopté une législation sur les impôts et taxes des sociétés qui a été « copiée presque directement sur celle de l’État du Delaware », État américain bien connu pour ses pratiques laxistes en la matière.

Plus révélateur encore, cet autre extrait : « Tax experts pointed out that Panama, in its refusal to comply with international transparency standards, is in esteemed company : the United States. » Bigre ! Panama- USA même combat ? Mais il y a plus :

« Panama isn’t the real story » a déclaré Matt Gardner, directeur exécutif du Institute on Taxation and Economic Policy, basé à Washington. « This leak gives a window into a much broader world, but it should be understood as giving a window into how things work in the U.S. as well. »

Alors qui ? Serait-ce que certains groupes de pression aux États-Unis ont décidé de vendre la mèche pour lancer un débat allant bien au-delà du cas Panama ?

Peut-être alors qu’Obama, juste avant de terminer son mandat a-t-il décidé de donner un petit coup de pied dans la fourmilière, dépité d’avoir si peu pu changer les choses pendant son double mandat ?

Je ne sais. Ce qui est sûr, c’est que certaines forces, engagées en vue de la défense du Bien (mondial), ont décidé de passer à l’action. D’autres forces encore, espérons-le, pourraient à nouveau se mobiliser dans un proche avenir, forçant de nouvelles révélations, par exemple aux États-Unis mêmes, dévoilant la corruption extrêmement profonde du « système ».

Le Panama n’est qu’un coup pour voir. De quoi déclencher une sacrée pagaïe. Les rats ne peuvent quitter le navire, mais ils peuvent encore ronger les câbles du gouvernail, détruire les canalisations de pompage, et s’adapter aussi vite que possible au naufrage imminent.

Si l’on veut être pessimiste, disons que les Panama Papers vont inciter les élites corrompues du monde entier à multiplier encore l’opacité.

Si l’on choisit d’être optimiste, arguons que ceux qui ont réussi le coup des Panama Papers, en ont d’autres en vue, bien plus effrayants encore, dans leur révélation de la profondeur de la corruption morale et mentale des « élites ».

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3 réflexions sur “Qui est derrière la fuite des Panama Papers?

  1. Les deux journalistes du Süddeutsche Zeitung qui ont reçu les fichiers de la source début 2015 ont confié dans l’émission Cash investigation qu’ils connaissaient l’identité de cette personne mais que bien évidemment ils ne feraient aucun commentaire de quelque nature que ce soit vis à vis de cette personne, qu’il s’agisse de son identité, de son mode opératoire, ou de ses motivations, et ce afin de la protéger. Tout juste ont ils concédé que la source avait très peur, vu les personnes en cause(etc) et qu’ils avaient toujours une forme de contact avec cette personne. Les 2 journalistes allemands ont ensuite contacté le consortium international des journalistes d’investigation auxquels ils appartenaient (et auquel justement 2 journalistes de cash investigation appartiennent) de mutualiser leurs forces pour enquêter dans le plus grand secret jusqu à ce qu’ils fassent éclater l’affaire il y a peu.

  2. Les « élites corrompues » n’ont rien à voir avec des « élites ». Ce sont simplement des « dominants », des « tricheurs ».
    Voir le papier que j’ai signalé sur ton blog : Refonder la légitimité, vers l’aethogénèse.
    Fin de transmission.

  3. Il y a des « élites corrompues », des « corrompus » qui certes ne sont pas des « élites » et quelques « élites » que l’on pourrait qualifier d’ « incorruptibles ». Qui occupe le champ du pouvoir et de la domination? La domination n’est-elle pas par excellence le champ le plus propice à la corruption (mentale, idéologique et financière)?

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