Fille de la montagne

 

Michaux, on peut s’y appuyer. Il ne cède. On peut le citer, il résiste.

« Vers l’au-delà qui apparaît, qui disparaît, qui reparaît. »

L’au-delà je n’en connais qu’un rayon. Apparu, portant, aigu, puissant, acide, placide, allié, plié. Je l’ai chevauché un jour et une nuit, en frôlant les gouffres, en éludant les cîmes. Au retour, longtemps je l’ai cherchée, l’image. Jamais retrouvée, à la vérité. Ici et là, des pistes, en des vers obscurs, des mots tendus, des silences opaques, des allusions entendues. Plusieurs décennies plus tard, par ricochet sur l’onde-mémoire, un écho possible peut-être, dont je crois pouvoir évoquer la résonance.

« Pour la fille de la montagne

secrète, réservée

l’apparition fut-elle une personne,

une déesse ? »

Ah ! Henri, dis tout, tout de suite, réponds sans fioriture à ta propre question :

« surtout lumière,

seulement lumière

comme lumière elle demeura ».

Ces simples mots se trouvent dans un texte dédié à Lokenath Bhattacharya, et publié, vous vous rendez compte, chez Gallimard en 1986. Que du solide.

Le couplet suivant fait chanter une autre corde.

« Simultanément

comme se déchire le sol des pentes d’un volcan qui se réveille

eut lieu le dégrafage général au-dedans d’elle et autour

retranchement singulier, inconnu

qui à rien ne se peut comparer

……….. »

Points de suspension dans le texte. Mais pourquoi ce mot : dégrafage ?

Il fait penser à des seins sanglés qu’on libère d’un seul coup, ou à quelque corset désuet. Comment l’appliquer au-dedans de l’âme ? Le poète prend son risque. Il raconte avec ses mots ce qu’il n’a point vu, qu’il a deviné. Et il s’engage dans des voies étroites, lui le poète célèbre, dans le Paris des avenues, des lumières. Il dit ces mots à majuscules:

« Dans le jeune et pur visage, le regard initié,

Miroir d’un Savoir

contemplation du Vrai, ignoré des autres »

Le Vrai ! Le Savoir ! Pas étonnant que Sartre et ses acolytes l’aient royalement ignoré, ce Michaux-là.

Et aujourd’hui, il y a tant d’inaudible que c’en est prévisible. Justement, c’est ce que je n’attends plus, le prévisible.

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